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Mireille et le Petit Conservatoire de la Chanson
Radio,télévision des années 50
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Mireille avec Jean Nohain "36 Chandelle" 1957 - Mireille avec Françoise Hardy 1961

Pour approfondir le sujet
>> Archives INA sur Mireille
>> Site du Hall de la chanson sur Mireille
>> Puisque vous partez en voyage cd de Mireille (lien Alapage)

 

 
 

"Ce petit chemin" de Mireille par Brassens
Mireille rapportait volontiers volontiers le mot de Guitry : "Au moins, Mireille n’est pas desservie par une grande voix". Mireille Hartuch est née à Paris, en 1906, dans une famille modeste de juifs émigrés. Sa mère, d’origine britannique, est musicienne et Mireille apprend très tôt le piano. Dès 16 ans elle compose des mélodies et en 1928 rencontre un jeune avocat, écrivain à ses heures, Jean Nohain, avec qui elle compose une volumineuse opérette, "Fouchtra", refusée partout. Elle part aux Etats-Unis, où elle participe à des spectacles à Broadway. En 1931, elle apparaît dans un film avec Douglas Fairbanks, Jr. et un autre avec Buster Keaton. En 1932 Pills et Tabet font un triomphe avec "Couchés dans le foin", un titre tiré de "Fouchtra". Sa carrière est lancée. Elle continue à composer avec Jean Nohain pour Pills et Tabet, avec qui elle enregistre ("Vieux château", "C'est un jardinier qui boîte", "Ce petit chemin", 1933). Dranem lui prend "Papa n'a pas voulu" (1932), Maurice Chevalier, "Quand un vicomte" (1935), et Jean Sablon lui doit son premier grand succès, "Puisque vous partez en voyage" (1937).

Mireille débute une carrière en solo en 1934 sur disque, à la radio et sur les scènes de l'ABC (premier passage en vedette), puis de l'Alhambra, de Bobino, de l'Européen et en tournée. Sur scène, elle s'accompagne au piano, chantant d'une voix acidulée qui détaille chaque syllabe sur une musique d'une fraîcheur ironique. Elle épouse le philosophe Emmanuel Berl en 1937. Après la guerre et jusqu’à la fin de sa vie, elle va composer plus de six cent mélodies. Les plus grands artistes la chantent : Jean Sablon, Charles Trenet, Jacques Brel, Yves Montand...

...Extrait "Une demoiselle sur une balançoire" par Yves Montand
 

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Mireille

 
Le 2 mars 1954, Sacha Guitry écrivait dans L’Officiel du spectacle : "Mireille. Pas celle de Gounod, l’Autre. Celle de “Couchés dans le foin”, que l’on entend à la radio – à condition de l’écouter, car il faut bien tendre l’oreille pour l’entendre, et c’est le premier témoignage qu’elle nous donne de son tact infini, puisque voilà plus de vingt ans qu’il opère et qu’il charme... et nous nous demandions comment il se faisait qu’une artiste pareille n’ait pas été appelée par le Conservatoire pour enseigner le chant à tant de malheureux, à tant de malheureuses, qui piaillent vainement, qui hurlent sans raison ou qui bêtifient. … Elle leur dirait beaucoup de choses que j’ignore et dont elle a le secret …

En 1955, le Petit Conservatoire est créé par Mireille dans des studios de radio, rue de l'Université à Paris. C'est la première tentative d'enseignement organisée de la chanson. Mireille se transforme définitivement en professeur et passe au vitriol les présumées futures vedettes. Les cours sont enregistrés et diffusés pour la première fois le 18 mai 1955, avec pour parrain Jean Cocteau qui, en voisin vient rassurer une Mireille émue comme une débutante, et lui remettre un dessin qui devient le sigle du Petit Conservatoire de la chanson. Le premier élève s’appellera Ricet-Barrier. Bien d’autres suivront : Hugues Aufray, Françoise Hardy, Alice Dona, Jean-Jacques Debout, Pascal Sevran, Yves Duteil, Sylvie Joly, Hervé Christiani, Danièle Évenou, Colette Magny, Sapho, Sabine Paturel, Sophie Forte, Daniel Prévost, Philippe Castelli... Le principe de la classe, gratuite et ouverte à tous, est simple : chaque semaine, après audition d'une vingtaine de candidats, elle en retient quatre ou cinq. Mireille est tour à tour, professeur implacable, sans complaisance et pourtant pleine de tendresse pour ses élèves. Elle inventa une nouvelle forme de spectacle, la mise en scène d’un cours de chant.En 1960, le succès est tel que le programme devient télévisé. En 1965, Mireille s’installe dans le studio 105 de la toute nouvelle maison de la radio (l’ORTF) jusqu’en 1975. Hervé Christiani se souvient qu’avec elle, "c’était la monarchie absolue. Elle disait très justement qu’un artiste doit être capable de s’évaluer lui-même dans un métier où l’on a peu de réconfort".

En 1975, l'ORTF met fin à l'émission. Oubliée des médias, Mireille continue coûte que coûte à faire vivre son Petit Conservatoire. D'abord rue Bertin-Poirée, puis square Rapp et enfin au 69 rue Boissière dans une salle de la paroisse Saint-Honoré d'Eylau. Le sèlèves versaient 60 francs par mois pour suivre les cours; argent qui servait à payer le pianiste, la secrétaire et la location de la salle. Mireille abandonne ses élèves six mois avant son décès en 1996, pour leur donner la plus grande de ses leçons : un récital à presque 90 ans au Théâtre de Chaillot.

 
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Mireille 1961

 
"Oui, Madame "
 

"Le charme, la gouaille, la présence, ça ne s’apprend pas plus que le fluide que peut dégager Maurice Chevalier à travers un simple geste ou sourire. Le génie d’Édith Piaf, c’est de savoir mieux que personne faire passer une émotion à laquelle on ne peut pas être insensible. À quelle école Bourvil a-t-il appris sa malice, sa -candeur, sa fraîcheur ? À celle des parterres de spectateurs, voyons ! Parce qu’il a eu la chance d’arriver jusqu’à eux, ce qui n’est pas donné à tout le monde … Mais en quel lieu les jeunes poètes, paroliers, musiciens, interprètes ont-ils la possibilité de se retrouver ? … Nulle part. Personne à qui parler, confier, avouer leurs angoisses et leurs problèmes … Ils en sont réduits à errer, tels des -orphelins, alors que réunis, rassemblés, ils deviendraient leur premier public … C’est en cela que nous pouvons leur être utiles : écouter, regarder, veiller, -empêcher, éviter que la stagnation ne soit trop longue, détecter plus vite, plus tôt le talent latent …"



Dans ses cours politesse et exigence sont de rigueur. Mireille appelle un élève devant le micro. Elle le présente, parle un peu avec lui, l'interroge sur ce qu'il fait actuellement. L'élève chante et le verdict tombe. Pas de vocalises ni d'apprentissage technique, mais des remarques sur la présentation, sur la diction ou sur la chanson en elle-même. Mireille est parfois dure, sévère, mais avec la volonté de faire progresser. Elle donne beaucoup d'indications sur le côté scénique, comme par exemple la façon de se tenir Parfois, les remarques de Mireille dérangent : sur scène on boude, on promet de ne plus revenir… et souvent on revient.

>> Une leçon de Mireille