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1955 : L'affaire Janet Marshall
Faits divers des années 50/60
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Robert Avril au palais de justice et son portrait robot


 

Le dimanche 28 Août 1955, 3 jeunes gens découvrent le corps sans vie d’une jeune femme dans un fourré en limite des communes de La Chaussée-Tirancourt et Belloy-sur-Somme, au lieu dit le chemin "des Bruas". A quelques mètres du corps se trouvait un vélo vert de marque anglaise "Raleigh". Le corps, à moitié dénudé de la jeune femme, âgée d’une trentaine d’années est allongé sur le dos, la tête légèrement penchée où l’on peut voir une plaie profonde. La victime est identifiée rapidement grace à une etiquette trouvée sur le vélo, il s’agit de Janet Marshall, née le 7 septembre 1925, institutrice à Nothingham.

Le 31 août, une battue , sans résultat, est effectuée. Des chiens policiers cherchent en vain des éléments. Des gardes- mobiles ratissent le marais.

Au début du mois de septembre, les gendarmes continuent leurs investigations et interrogent les voisins du lieu du crime ainsi que des habitants du village. Le 4 septembre, un suspect est arrêté : Robert Payen dit « le colosse des marais ». Après interrogatoire, il est disculpé. L’enquête piétine.

Le journal "Détective" , le 19 septembre, titre : "Le meurtrier aux cent visages" et "trois ans après Lurs, l’affaire MARSHALL irrite l’opinion anglaise ". Le 20 septembre, les enquêteurs lancent un nouvel appel à toutes les personnes ayant vu la victime. Les journalistes ne peuvent s’empêcher de faire un parallèle avec l’affaire Dominici . Un journal ecrit : " L’assassinat mystérieux de la jeune institutrice anglaise Janet Marxhall ne pose pas seulement une extraordinaire énigme policière, elle frappe l’opinion par ses étranges analogies avec l’affaire de Lurs. La victime a été assommée à coups de gourdin et étranglée à 200 mètres d’une route nationale (Amiens-Abbeville) comme les Drummond. Comme eux, elle était une touriste britannique en vacances. Coïncidence encore plus troublante : c’est de Nottingham où ils habitaient que Janet et les Drummond partirent, à trois ans de distance, pour leur rendez-vous avec la mort"

avril_detective.jpgUn portrait robot (c'est le début de cette technique) est établi à partir du témoignage de plusieurs témoins dont la factrice de La Chaussée-Tirancourt qui avait vu un rôdeur près de l’Abbaye du Gard. Le 4 décembre on trouve le sac de Janet Marshall ainsi que des sacoches et la majeure partie des vêtements de la jeune institutrice. Par contre, son appareil photo n’est pas retrouvé.

Dans les premiers jours de l’enquête, un vélomoteur volé dans la région parisienne avait été retrouvé près du cimetière de Belloy. Les enquêteurs sont persuadés que le voleur de mobylette et l’assassin de Janet Marshall ne font qu’un. Le gardien-chef de la prison de Meaux se souvient qu’un prisonnier, Robert Avril, interné de juin 1953 à février 1954, écrivait à sa fiancée, près de Belloy, le lieu du crime. Robert Avril présentait toutes les caractéristiques de l’assassin : un maniaque déjà condamné dans une affaire similaire. Quant au prortrait robot le gardien dira: "Je ne le trouve pas ressemblant "
 

Emilien Paris véritable inventeur du portrait-robot ?


"Emilien Paris, inspecteur de la PJ à Lille, chef du service de l'Identité Judiciaire, semble bien l'inventeur du portrait-robot policier". Les arguments sont solides :

Il est un fait que dans le documentaire de Laurent Ferrari consacré à l'affaire Janet Marshall
(passé sur France 5 le 28 août 2008 - "50 ans de faits divers") l'inspecteur principal Van Assche (inspecteur de la brigade mobile de Lille qui a arrêté Robert Avril, l'assassin de l'institutrice anglaise en vacances en France) attribue clairement l'invention et la réalisation du portrait-robot à Emilien Paris, et c'est ce portrait-robot qui a permis l'arrestation du meurtrier . "C'est Paris qui l'a fait". Il précise qu'il était chef de l'identité à la PJ de Lille.


Ensuite sur une photo, datant de 1956, on voit l'inspecteur Paris montrant son invention au commissaire Chabot.
"Ils sont sur le bureau de l'inspecteur qui a trouvé le système, qui sera appelé "système Paris" au début. On voit nettement, sur son bureau, le portrait-robot qui a permis l'arrestation de Robert Avril".


Le fils de l'inspecteur témoigne:
"Dans les années 60, mon père, du SRPJ de Lille, a été détaché  pour des 'affaires nationales': les enfants de Marnay (enlèvement), l'enlèvement du petit Eric Peugeot, Lucien Léger l'étrangleur, le meurtre du garde-chasse de Bataville, etc ... Et dès 1959, Pierre Bellemarre a fait une émission entière sur l'inspecteur Paris et le portrait-robot. L'INA dispose du film mais ne me l'a pas communiqué pour raison technique."

Le fils de l'inspecteur, qui connaissait  Louvet et Vanassche,  fait remarquer qu'il fallait alors être photographe et dessinateur, pour homogénéiser les différents éléments (dimensions, teint, type, reliefs du visage, etc) et présenter aux témoins le portrait d'un visage vraisemblable et cohérent. Le dernière année de sa carrière, son père a été professeur à l'école de police en 1967 pour former de jeunes inspecteurs, sachant dessiner et faire des photos. Ces missions en France et cet enseignement dispensé, semble bien indiquer que, pour la Police elle-même, il est bien l'inventeur du "portrait-robot policier

 
janet_marshall_reconstitution.jpgRobert Avril fut confondu à la suite accident à Montfermeil : un cyclomotoriste avait été accroché par une 4 CV Renault, aussitôt après le choc, le cyclomotoriste qui était coiffé d’un béret basque et avait une main mutilée, s’était enfui abandonnant sa machine. Cette dernière portait une plaque d’identité au nom de Robert Avril. Le cyclomoteur avait été dérobé à Amiens. Les policiers arrêtèrent Avril le 7 janvier 1956 chez sa sœur. Déjà condamné à 10 ans de travaux forcés pour viols, il venait de purger une peine de prison pour vol de vélo à Dieppe et avait été libéré le 12 juillet 1955. Il avoua le crime aprés quatre jours d'interrogatoire le 11 janvier 1956. Le procès eut lieu en avril 1958 et Avril fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.



Reconstitution du crime le 12 janvier 1956

Nouvelles techniques de La police scientifique dans les années 50

Après guerre dans un pays en reconstruction, les policiers entendent bien se servir pleinement des avancées techniques dans leur métier d'enquêteurs. L'innovation va venir des fonctionnaires eux-mêmes, comme le commissaire Chabot (ou Emilien Paris ? voir encadré) qui va mettre au point le portrait robot dans les années 50 ou René Canonge, un policier lui aussi, qui invente un système de fiches à entrées multiples qui sera progressivement adopté dans la France entière sous le nom de "fichier Canonge".qui comporte l'état civil, la photo et la description physique très détaillée des personnes "signalisées" lors de leur placement en garde à vue. Grâce à cette base de données présentée à la victime, celle-ci peut espérer identifier son agresseur.

Le portrait-robot est un dessin (ou un montage photographique) réalisé à partir des indications données par les témoins d’une infraction, et visant à permettre l’identification et la recherche de l’auteur de celle-ci.
Initialement conçu à partir de trois bandes coulissantes (cheveux et front, yeux et sourcils, bouche et menton) auquel un dessinateur apporte les retouches finales (cicatrices, grains de beauté…).

Avant que cette technique ne se développe, on connaissait le «portrait écrit», ou bertillonage qui consistait à donner des indications pouvant se transmettre par message : forme du crâne, du nez, des oreilles…

Reste qu'en 1957 la désorganisation est complète, aucun service de police n'utilise le même type de classement. Les uns se servent de méthodes de classement de Bertillon et Vucetich, d'autres celles de Galton et Henry. La préfecture de police de Paris quant à elle utilisant des machines électromécaniques.

 
1956 -  Emilien Paris montre son invention. Sur sa table de travail, on peut voir le portrait-robot qui a conduit à l'arrestation de  Robert Avril
(DR Michel Paris) - clic pour zoomer