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| 50 jours de révolte des métallos nantais |
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Saint-Nazaire 1955
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Au début des années 50 dans l'industrie de très grandes disparités salariales régionales et de branches subsistent, de plus une grande partie du salaire est lié au rendement. Les salaires de base sont très bas et l'obtention d'un salaire décent est lié aux fameux "bonis". (le boni s'ajoute au salaire de base si le temps fixé pour un travail a été respecté) et aux heures supplémentaires.
Début 1955, le mécontentement est à son comble, la production industrielle est alors en plein essor, la France entre dans une période de forte croissance, du miracle des Trente Glorieuses les métallos ne récolte que les miettes. "Les ouvriers faisaient des dix, onze ou quatorze heures. Il y en avait qui couchaient dans le bureau de leur chef afin de retravailler la nuit" Jules Buisson, Syndicaliste CGT. "Les travaux étant pénibles et dangereux, il n’était pas rare de voir des travailleurs "débrayer" spontanément pour obtenir par exemple de quoi se laver (savon, douches)…" Maurice Milpied ouvrier de la Navale
La grande fièvre des métallos de 1955 démarre à St-Nazaire en février, Les
soudeurs à l'arc électrique dénoncent des salaires de 30% inférieurs à
ceux de la région parisienne, et le rendement qui leur était imposé.
Pendant quatre mois ils vont mener des grèves surprise d'un jour par
semaine sans préavis. Les chantiers sont désorganisés Les soudeurs
ayant un rôle très important, ce sont eux qui assemblent les tôles des
navires. Malgré tout la direction des chantiers restera intransigeante et face aux 30% demandés elle proposera 4,7%.
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| Résistance de l’Ouest du 22 juin 1955 - Manifestation dans les rues de Saint-Nazaire
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Populaire de l’Ouest 23 juin 1955 - Les métallos au bassin de Penhoet le 22 juin 1955
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Lassés d'attendre le 20 juin à midi dix mille ouvriers nazairiens envahissent les bâtiments de la direction, le 21 les bureaux sont mis à sac et le directeur séquestré. Le 22 juin c'est le lock-out. Des affrontements violents se produisent avec les CRS, 33 ouvriers sont arrêtés (ils seront relâchés dans la soirée.). Une proposition d'augmentation de 10% est rejetée, les discussions s'enlisent, la situation est bloquée. Le journal le Le Populaire écrit : "L’émeute des chantiers de Penhoët est un grave avertissement pour le patronat et le gouvernement (…) On croit un peu trop à la patience – que l’on qualifie parfois de passivité – de la classe ouvrière. Mais la patience a des limites, et les limites atteintes, l’imprévisible peut arriver. (…) Les syndicats ont été incapables de contrôler le mouvement. Ce n’est pas de leur part un signe d’impuissance, mais une preuve supplémentaire de la profondeur du mécontentement, de la violence de la colère"
Le 25 juillet au retour des congés les ouvriers trouvent une lettre de la direction annonçant qu'elle revient sur ces dernières propositions et qu'elle appliquera unilatéralement une augmentation de 4,7%. Début aout 20 000 métallos brulent leur lettre devant les bureaux de la direction, une journée d'émeute s'ensuivra. Aux métallos vont désormais se joindre les ouvriers du bâtiment et les dockers. Le 16 aout les nazairiens accepteront la proposition patronale d'une augmentation de 22%.
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| Nantes manifestation en septembre 1955
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A Nantes le 17 aout des centaines de "bleus de travail" envahissent les locaux de la chambre patronale ou se mènent des négociations, les patrons cèdent et accordent aux nantais la même augmentation qu'aux nazairiens 32F de l'heure, mais les ouvriers exaspérés saccagent les locaux et exigent 40F. Accordés sur le coup ! mais l'accord est dénoncé le soir même par les délégués patronaux qui décident le lock-out des entreprises, le préfet envoie les CRS aux chantiers et ferme les 1 100 cafés de Nantes. Le 18 aout une bombe artisanale blesse 32 CRS, l'affrontement avec les manifestants, répondant a coup de boulons et de pavés, dans les rues durera tout la journée. On relèvera près de 400 blessés et 100 arrestations auront lieu. Le 19 aout c'est une nouvelle journée d'émeute, un jeune ouvrier du bâtiment Jean Rigollet, 24ans, est abattu par balle par un CRS et un docker est gravement blessé. Le préfet déclarera "ce sont des provocateurs qui ont tiré, des trotskystes si l’on veut, des gens descendus des gradins du cirque un instant pour exciter la bataille des gladiateurs et la rendre irréconciliable"
Après ces deux jours d'émeutes, pour tenter de désamorcer la révolte des négociations ont lieu à Rennes. le 23 aout le lock-out est levé. Mais le 8 septembre les négociations sont rompues, usines et chantiers sont a nouveaux fermées et les CRS sont à leurs portes. Meetings, manifestations et combats de rue se succèderont durant trois semaines.
Le gouvernement ne peut prendre le risque de voir la situation encore empirer. A l'intervention d'André Morice, ministre de l’Industrie et député de Loire-Atlantique, les patrons proposent aux métallos une prime exceptionnelle de 3 500 F en plus des 22 à 30 F d’augmentation déjà accordée. Le 4 octobre l'accord est accepté.
"Le conflit de 1955 ne fut pas, en effet, une grève, si importante soit-elle, mais une véritable révolte, un ras-le-bol généralisé avec le refus de subir davantage ce qui était devenu, jour après jour, une situation insupportable, intolérable" Paul Malnoë, délégué syndical |
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Manifestation de femmes en soutien aux grèvistes
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Bulletin syndicale d'octobre 1955 - Meeting
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"Une chambre en ville" de Jacques Demy (1982)
Le scénario, retrace un drame social et passionnel à Nantes au cours des grèves des chantiers navals en 1955. François
Guilbaud (Richard Berry), ouvrier métallurgiste, loue une chambre en
ville à Mme Langlois (Danielle Darrieux) qui refuse qu'il recoive "des
dames". Aussi voit-il sa fiancee Violette dehors. Un jour il rencontre
la fille de Madame Langlois (Dominique Sanda) , c'est le coup de foudre
! Histoire et destin individuel s'entrecroisent. Le film est
entièrement chanté, les chants prennent peu à peu une intensité
dramatique croissante notamment dans le fameux « Police, milice !
Flicaille, racaille ! » scandé par les ouvriers auquel répond le «
Dispersez-vous. Rentrez chez vous » des forces de l'ordre, et finissent
dans le râle mortel de Richard Berry lorsque François est mortellement
blessé lors d'une manifestation de rue.
Demy avait au départ pensé à Catherine Deneuve et à Gérard Depardieu "Mais,
comme pour "Les parapluies"" dit Deneuve" il exigeait le play-back.
Personnellement, je n'ai pu m'y résigner [...] Je préférais chanter
moi-même, aller vers une verison sans doute plus imparfaite mais plus
juste. Nous ne sommes pas tombés d'accord sur ce point et le projet a
été abandonné. Dommage, car le sujet était superbe, la musique de
Colombier fantastique"
Le film sort en 1982. Les
dialogues intégralement assument l'effet comique de certains échanges
triviaux chantés (au "Tu me prends vraiment pour une conne" de Madame
Langlois, "Vous êtes déjà complètement bourrée" répond Guilbaud). Une
Chambre en ville malgré une critique positive, dix nominations aux
Césars, une interprétation impeccable et une mise en scène virtuose,
est un douloureux échec commercial pour Demy.
>> A voir : une archive video INA sur le tournage du film
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"Une chambre en ville " film de Jacques Demy
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