"Qu’elle soit une ville nouvelle, symbole de la liberté de l’Inde, désentravée des traditions du passé...une expression de la confiance de la nation dans le futur." Nehru, le 8 juillet 1950
Chandigarh, dont le nom signifie "Chandi", Déesse du Pouvoir et "Garh", forteresse, fut créée de toutes pièces au pied des contreforts de l'Himalaya. Le Corbusier y travaillera avec des experts indiens et trois collaborateurs proches, Maxwell Fry, Jane Drew et Pierre Jeanneret pendant treize ans et conduira la majeure partie des travaux de construction de la ville. Renonçant au concept de "ville verticale" il opte pour une cité horizontale s'adaptant mieux à l'environnement indien.
En 1947, l'Inde se retrouve indépendante mais perd ses provinces occidentales qui deviennent le Pakistan. L'état du Punjab est coupé entre les deux frères ennemis et la majorité de son territoire, ainsi que Lahore, sa capitale, sont au Pakistan. Il faut donc une nouvelle capitale pour le Punjab indien. En 1948, les autorités décidèrent de fonder un ville nouvelle. Ce sera Chandigarh. Nehru confia d'abord le projet à Albert Mayer, architecte américain qui connaissait déjà bien l'Inde. Mayer et son confrère Nowicki, traçent les contours de la ville, dessinant l'organisation en quartiers, les emplacements des grandes artères, définissant les principes fondateurs pour une ville de 150,000 habitants dans une première phase, puis 500,000 habitants dans une seconde phase. Ce plan d'ensemble épousait la géographie des lieux choisis, épousant les courbes douces pour créer une véritable cité-jardin. Mais Mayer dût abandonner le projet à la suite du décès de Nowicki.
L'Assemblée - Chandigarh
Le Corbusier prit la suite sans rien connaître de l'Inde : le projet de Chandigarh lui apportait un terrain d'expérience à la mesure de ses ambitions. En quatre jours sur place, il remodela le projet de l'américain. A la base du schéma directeur de Le Corbusier, un maillage en secteurs de 800 x 1200 mètres (connus par un numéro de 1 à 60, Le Corbusier superstitieux fait omettre le 13) et un réseau de voies de circulation différenciées : la circulation de transit est laissée à l'extérieur du secteur pour ne laisser y entrer que les trafic utile. Ainsi chaque secteur est ceinturé de voies rapides auxquelles le bâti tourne le dos, les portes s'ouvrant seulement vers l'intérieur du secteur. Chacun des secteurs est affecté à l'une des fonctions fondamentales : habitation, travail, culture de l'esprit et du corps.
Le secrétariat - Chandigarh
Si chaque secteur dispose de ses propres espaces verts, la ville est également traversée par une coulée verte, la
vallée des loisirs, et ceinturée par large bande non constructible dans
un rayon de 16 kilomètres. Et bien sûr Le Corbusier emploiera
systématiquement le béton armé dans ses constructions. Son matériau de
prédilection s’avérera malheureusement assez peu propice à ce climat
extrême ( 47°à l’ombre en saison chaude) car il est peu isolant. Il se
dégradera en outre très rapidement sous les effets de la chaleur et de
l’humidité conjuguées. Pierre Janneret, l’architecte qui seconde Le
Corbusier et qui travaillera essentiellement sur les programmes de
logements sociaux, préconisera d’utiliser pour les habitations et les
quartiers populaires, la brique locale et l’argile, matériaux
traditionnels plus adaptés et moins onéreux.
La Haute cour - Chandigarh
La ville offre quatre grands pôles d’activités : Le complexe du Capitole (centre du gouvernement conçu par Le Corbusier), Le centre ville comprenant les édifices publics et culturels ( postes, banques, cinémas, restaurants), l’Université du Punjab au N.O et la zone industrielle au S.E (séparée de la ville par une " ceinture verte ")
Chandigarh aujourd'huiFortement apparentés dans leur expression de béton brut, le Parle- ment, le Palais de Justice et le Secrétarait diffèrent profondément dans leurs formes. Les bâtiments construits comportent un certain nombre d'éléments qui constituent autant de sculptures de béton: galbe des auvents, percements de certains voiles de béton, loggias... A l'inté- rieur de chaque édifice, Le Corbusier, avec l'ensoleillement de l'Inde et l'éclat de l'Himalaya au fond de la plaine, a joué plus que jamais de la lumière qu'il dirige et contrôle. Le Secretariat est construit dans l'axe prerpendiculaire à la chaine de montagnes dont le panorama sert de toile de fond à la ville, ce qui le rend encore plus interminable. La Haute Cour est une longue boite rectangulaire évidée dans laquelle s'encastre le corps principal du bâtiment, lui aussi couvert de brise-soleil, animée par des arcades soutenues par des colonnes peintes de couleurs vives. L' Assemblée est un des exemples dans lequel Le Corbusier a su jouer avec le béton pour créer des courbes, comme dans la chapelle Notre Dame du Haut à Ronchamp.
Le musée - Chandigarh
Chandigarh occupera Le Corbusier jusqu'en 1964 et sera sa seule grande œuvre d'urbanisme réalisée, en plus des bâtiments administratifs de la ville. Le Corbusier s'était passionné pour les plans d'urbanisme, jamais aboutis, de Marseille, d'Alger, de Bogota et plus particulièrement celui financé par l'industriel Gabriel Voisin, qui prévoyait la reconstruction du vieux centre historique de Paris avec des tours de 50 mètres de hauteur, régulièrement réparties dans un parc de verdure. Malgré ses idées utopistes, Le Corbusier a eu une influence considérable sur l'architecture ; celles-ci n'ont pas toujours été adoptées, mais certaines de ses intuitions comme le Modulor : "mesure harmonique à l'échelle humaine" ont marqué son époque.